Dans la fabrique des fake news et des guerres d’influence des patriosphères

Les deux dernières semaines ont été agitées dans la patriosphère. Juan Branco n’est plus l’avocat de Zoé Sagan, Alain Soral sera jugé le 18 juin, et après le retrait de Braquage de Zoé Sagan, c’est désormais Devenir Brigitte qui disparaît d’Amazon France. Tout cet écosystème se réunira à Paris le 1er mars, avant les procès du 2ème semestre 2025.

Un écosystème où se croisent influence, désinformation et intérêts financiers

La prétendue transidentité de Madame Macron, relancée par Candace Owens sous forme d’une mini-série aux États-Unis, illustre une mécanique bien rodée. On cherche la censure pour créer le buzz. L’ouvrage “Devenir Brigitte”, écrit par Xavier Poussard, ancien directeur de Faits & Documents, s’inscrit dans un réseau d’extrême droite où se croisent la “GUD connection” et les cercles pro-russes de Géopolitique Profonde et le Rassemblement National (StreetPress)

Ce livre, relayé par Owens aux États-Unis, sous le nom “Becoming Brigitte” est toujours vendu sur Amazon.com, malgré son retrait en France. Il sert de support à la publicité et à la monétisation de la désinformation, avec les sponsors d’Owens comme le Freedom Phone, un smartphone ciblant l’électorat trumpiste. (Wikipedia).

D’ailleurs pour le papa de Zoé Sagan, on serait devenu un régime fasciste mais pas à cause de Trump qui fait vote une résolution à l’ONU en faveur des Russes (MSNBC), car comme dans Fahrenheit 451 : “ils” brulent des livres (en l’occurrence numériques et le sien et celui de Poussard).

Aurélien Poirson-Atlan a été contacté par des “grands reporters” de France Télévision et voudrait prochainement témoigner, pour ses procès en juillet (volet “Gabriel Attal”) et octobre (volet “Macron”), puis possiblement avec d’autres. Aurélien est harcelé (notamment AFP pour des droits d’auteurs spoliés, URSAFF pour ses charges concernant les droits d’auteurs de ces livres).

Une rumeur qui prospère dans l’alt-right et la patriosphère française

Depuis 2017, la Brigitologie est une compétence nécessaire du complotiste (dont Pressibus, qui vient de fignoler les 3 scénarios possibles et ils dépassent de loin ce que APA appelle l’infofiction ou le journalisme prédictif).

Comme l’indique Conspiracy Watch, la fake news fait un lien entre les écosystèmes MAGA et la patriosphère, avec une nouvelle variante : Donald Trump détiendrait des dossiers compromettants sur le couple Macron et les ferait chanter, une rumeur relayée par les fans de Zoé Sagan. (Libération). A l’inverse, Krasnov, serait le nom d’espion de Trump, un espion qui viendrait du froid (propagé par un post Facebook d’un ancien du KGB, qui affirme que cela dure depuis 40 ans).

En France, Géopolitique Profonde, qui regroupe des médias, notamment liés à Alain Soral et des figures du complotisme pro-russe comme Stratpol, tiendra son événement annuel le 1er mars à Paris. Il sera intéressant d’y observer qui s’impose comme nouvelle figure d’influence, alors que Soral lui-même est affaibli.

Soral lâche Poussard, Zoé Sagan lâche Branco

Le repositionnement des figures de cet écosystème semble en cours. Alain Soral aurait lâché Xavier Poussard, qui se retrouve isolé alors que son livre est au cœur d’une polémique. Une manœuvre stratégique à la veille de son propre procès le 18 juin où il sera jugé pour incitation à la haine raciale, après avoir appelé ses partisans à “s’armer pour la guerre” contre les Juifs, qualifiés de “parasites pervers prédateurs satanistes (Libération).

De son côté, Aurélien Poirson-Atlan, se démarque en annonçant que Juan Branco ne sera pas son avocat et ne soutiendra pas sa campagne pour 2027. Une manière pour lui de réorienter son image, alors qu’il continue à utiliser les mécaniques de désinformation et à se positionner comme une “victime du système“. Le créateur de Zoé exprime ne pas vouloir “faire de la politique“, en plus.

Un modèle économique basé sur la viralité du scandale

Le retrait de Devenir Brigitte d’Amazon France ne marque pas la fin de cette fake news, mais son déplacement vers d’autres canaux et de nouveaux relais.

Les influenceurs américains et français exploitent cette rumeur pour générer des vues et vendre des produits à un public conquis d’avance. Sur TikTok, des vidéos atteignent plusieurs millions de vues, comme celle affirmant que “le président français est marié à une femme trans qui est son père“, vue 2 millions de fois en 17 heures. (amplifiée par un Tweet d’Éric Archambault)

Dans ce jeu d’influence, la désinformation devient un business moins qu’un levier politique. Alors que certains acteurs sont évincés (Poussard), d’autres émergent (GPTV, figures montantes du complotisme), redéfinissant les rapports de force au sein de ces réseaux.

Politique, géopolitique et guerre cognitive : une question de pouvoir et d’influence

Faut-il mêler politique et géopolitique pour être un bon complotiste ? Cette question est essentielle lorsqu’on observe l’évolution des narratifs de désinformation à l’échelle internationale. Comme le souligne Le Grand Continent, “Après l’Ukraine, la Russie prépare la guerre d’Europe”, un constat qui rappelle que la guerre informationnelle est aujourd’hui un champ de bataille aussi crucial que le terrain militaire. (Le Grand Continent)

Dès 2019, Giuliano da Empoli soulignait que seule une “euroguérilla des idées” pourrait affaiblir le national-populisme. Or, l’extrême droite et les mouvances complotistes l’ont bien compris, exploitant les réseaux sociaux et la viralité des fausses informations pour influencer l’opinion publique et remodeler les perceptions politiques.

Deux voies pour comprendre cet écosystème : l’infiltration ou l’argent

Pour décrypter ces réseaux et leur impact croissant, deux méthodes s’imposent :

  1. L’entrisme, comme l’a fait l’équipe derrière Zoé Sagan en créant des avatars fictifs capables de s’intégrer à ces milieux et d’en observer les dynamiques de l’intérieur.
  2. “Suivre l’argent”, car au-delà de l’idéologie, ces écosystèmes reposent sur des flux financiers bien réels : financements occultes, monétisation des fake news, publicité ciblée et réseaux de financement transnationaux, comme l’a fait L’humanité en dévoilant “les slides Powerpoint de Périclès” du milliardaire Stérin (nous en sommes à 22 épisodes).

Désinformation et guerre technologique : une menace sous-estimée

L’objectif de ces acteurs reste le même : capter l’attention, entretenir la confusion et capitaliser sur l’indignation, y compris sur le plan financier. Plus le public devient insensible à la manipulation de l’information et plus les démocraties vacillent, plus ces stratégies se renforcent et évoluent vers de nouveaux terrains d’affrontement.

Depuis Cambridge Analytica, nous savons que la donnée et la psychologie des foules sont des armes redoutables. Mais nous sommes aujourd’hui entrés dans une nouvelle phase : celle des guerres informationnelles menées par l’intelligence artificielle, la propagande automatisée et la fabrique massive de récits alternatifs.

La désinformation algorithmique, couplée à l’IA et aux outils de manipulation cognitive, ouvre un champ de bataille inédit. Les médias traditionnels et les démocraties occidentales peinent à y faire face, tandis que les acteurs de la guerre cognitive, qu’ils soient issus d’États ou de groupes privés, développent des stratégies toujours plus sophistiquées.

Ce n’est plus seulement une question de politique nationale ou de stratégie partisane, c’est une guerre d’influence mondiale où se joue l’avenir du débat public et de notre capacité à distinguer le vrai du faux.

 

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